
On a beau se dire qu’on est bien ensemble, tous unis dans cet arbre, on ne peut rien y faire : la fin de l’automne est le temps où les oiseaux ne demandent qu’à s’envoler vers d’autres nids. Et quand l’été arrive, ils délaissent leurs compagnons d’infortune et retrouvent souvent les branches rassurantes de leur enfance.
J’en ai vu des hirondelles regagner les Landes, des éperviers voler au-dessus de la Loire, des cigognes parcourir la Beauce pour protéger leurs petits ou des aigles royaux dompter les plus hautes cimes des montagnes alpines…
Moi, l’oiseau nocturne, je reste sur ma branche. A chaque départ, je fixe la nuit. Mon chant mélancolique réveille une étoile qui prend le nom de l’oiseau qui s’en va. Elle est l’illusion qu’il est encore près de moi.
Mes nuits sans sommeil, j’observe tous ces points blancs dans le noir : je me rappelle ces jours heureux où nous volions ensemble et je garde l’espoir qu’aucun d’eux n’a oublié. Et que peut-être, un matin, alors qu’on ne s’y attend pas, ils seront de retour. Pour de bon.

Un jour, j’en aurai assez. Je saurai vers où m’envoler. Et aux premiers rayons du soleil, je partirai.